De la mise au point.
Nous avons vu, dans un précédent article, comment prérégler l’exposition de manière à faire face à 80% des situations en photo de rue. Voyons maintenant le deuxième volet : celui de la mise au point.
Je reviens sur les boîtiers «rustiques» du siècle dernier. Il n’y avait souvent pas de réglage de distance – notamment sur les prêts-à-développer – ou simplement une indication en fonction de la situation soleil/nuageux/couvert – et le fabricant indiquait seulement une distance minimale de prise de vue, assurant une netteté suffisante pour tout sujet situé entre cette distance et l’infini. Sans le dire le fabricant mettait l’utilisateur en situation d’utiliser la distance hyperfocale sans le savoir, tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose !
Connaître la définition de la distance hyperfocale (en abrégé hyperfocale) est nécessaire à ce stade, pour en comprendre l’utilité… et savoir l’employer en pratique de photo de rue.
On appelle Distance Hyperfocale d’un Objectif [DHO], la distance de mise au point (entre l’appareil et le plan sur lequel la MAP est faite), qui assure que les plans situés entre la moitié de cette distance hyperfocale (premier plan net [PPN]) et l’infini (dernier plan net [DPN]) sont nets . Ainsi, si je sais que l’hyperfocale de mon objectif, dans ses conditions actuelles de réglage, est de 4 m, tous les plans situés entre 2 m et l’infini seront nets sur mon cliché. Faire la mise au point sur un endroit qui est situé à cette distance hyperfocale permet d’obtenir la plus grande zone nette possible sur l’image.
La profondeur de champ [PDC]– qui mesure la distance entre le premier plan net [PPN] et le dernier plan net [DPN], ces deux plans encadrant le plan sur lequel est faite la mise au point – dépend de plusieurs paramètres : les caractéristiques intrinsèques du capteur (ou de la surface sensible), de la distance focale (caractéristique optique de l’objectif) et l’ouverture (nombre n de f/n). Je ne rentre pas dans la formulation analytique de l’équation mais on peut et on doit retenir que le plan de mise au point sépare la profondeur de champ en deux zones : très grosso-modo, environ un tiers de la profondeur de champ en avant du plan de mise-au-point et deux tiers derrière. Ce n’est que lorsque le plan de mise-au-point est situé à la distance hyperfocale que la profondeur de champ s’étend depuis la moitié de cette distance jusqu’à l’infini.
Pratiquement comment peut-on se servir de cette distance hyperfocale ?
Si on a la chance de posséder un objectif avec des graduations de distances ou un appareil sur lequel est gravée une échelle de distances au droit du dispositif de mise-au-point, il suffit de positionner le symbole infini en face du nombre d’ouverture. L’index central pointe sur la distance hyperfocale tandis que le nombre d’ouverture, de l’autre côté de l’échelle, pointe vers la distance minimale de netteté.

La bague de MAP est positionnée de telle sorte que le symbole infini soit au droit de la graduation 11 à droite sur l’échelle des diaphragmes. Le repère de distance pointe alors sur la distance hyperfocale tandis que la graduation 11 à gauche pointe vers la distance du premier plan net [PPN], à (environ) 3,5m.
Si on ne dispose pas d’un objectif gradué, il va falloir faire la mise au point à l’infini — même sans graduation, c’est possible en le faisant sur un objet situé au très loin ou sur un nuage — et repérer le premier plan net sur votre composition. C’est possible en utilisant le testeur de profondeur de champ ou encore en prenant une première photo (évidemment avec un APN seulement !). Ce premier plan net correspond au point d’hyperfocale, par définition. On repère alors un élément sur ce plan et on réalise la mise au point sur cet élément : on obtient alors la zone de netteté la plus étendue possible pour l’ouverture utilisée.
On peut aussi se référer à des tables donnant ces valeurs en fonction des appareils, des distances focales et des ouvertures. Par ailleurs, il existe d’excellentes applications sur photophone (tous OS confondus) qui donnent ces indications et qu’il suffit d’utiliser une bonne fois pour se constituer les tables correspondant à l’ensemble appareil-photo / objectif / focale – ouverture.
Une fois connues – et pratiquement il n’y a que 2 ou 3 valeurs à connaître et/ou à noter sur son petit carnet vade-me-cum – lorsqu’on part en séance, on repère un objet situé à peu près à la distance hyperfocale et on effectue la mise-au-point habituelle (une affiche sur un mur à 4 m si l’hyperfocale est de 4m) et ensuite on débraye la mise-au-point automatique en faisant attention à ne pas dérégler par la suite (pour éviter les déréglages intempestifs, sur mon Minolta, je mettais un morceau de chambre à air – aujourd’hui un bout de gaffer, adhésif que tout photographe amateur devrait avoir dans sa besace – pour bloquer la rotation de la bague de mise au point).
En guise de conclusion…
C’est nanti de ces idées simples et robustes – la robustesse est la caractéristique d’un processus qui, pour un réglage particulier d’un facteur, est pratiquement insensible aux variations de l’environnement – je peux, sans difficulté majeure et avec un bon taux de réussite, me consacrer à la pratique de la photo de rue. Mon esprit, relativement libéré des contraintes technologiques, sera totalement ouvert aux opportunités qui se présenteront et je pourrai mettre mon énergie à vaincre cette peur qui m’éloigne de l’autre, ouvrant ainsi la porte à l’«Humain» afin qu’il entre dans mon «Environnement Urbain».