La photo de rue exige du photographe une attention soutenue et un esprit aux aguets pour saisir les situations fugaces qui en font toute la richesse. Le photographe ne doit donc pas être distrait par les réglages, notamment exposition et mise au point, à appliquer sur son appareil photo pour s’adapter aux conditions de la prise de vue afin de composer son image le plus efficacement possible.
Nos appareils photo numériques sont de plus en plus sophistiqués et sont aujourd’hui capables, très finement et très efficacement, de faire face à une multitude de situations, d’autant que de nos jours les constructeurs y ajoutent un peu d’intelligence artificielle. Malheureusement, cela se traduit par des menus de paramétrages de plus en plus compliqués, avec des boutons plus ou moins nombreux, aux fonctions plus ou moins adaptables. Tous les connaître, afin de choisir quasi instantanément les bons, est une gageure que peu de photographes contemporains sont capables de soutenir.
Les moins de vingt ans ne l’ont pas connu mais dans les années 70-90 les fabricants de surface sensible (Kodak, Fuji et quelques autres) mettaient à disposition de tous, photographes d’occasion comme amateurs plus ou moins connaisseurs, des boitiers très simples – certains même ne contenant qu’une seule pellicule non changeable, on portait le tout au développement chez un professionnel – pour lesquels le temps de pose était préréglé (par construction) et l’ouverture du diaphragme symbolisé par une, deux ou trois icones (un soleil, un soleil avec un petit nuage et un nuage sans soleil). Ces quelques réglages rudimentaires étaient pourtant largement suffisant pour obtenir de bonnes, voire d’excellents photos. Certains «grands» s’y sont largement essayé avec succès (Henri Cartier-Besson, Depardon, et bien d’autres). Voyons ça.
Comment faisaient donc nos anciens qui ne disposaient pas de toutes les facilités d’aujourd’hui et qui pourtant ont réalisé une œuvre admirable.
C’est ce que je vais tenter d’expliquer ici, ainsi que la manière de l’appliquer aux appareils numériques modernes, afin – pour reprendre le concept très pédagogique de Nicolas Croce de l’«appareil photo facile» – de déterminer des réglages de base pour une exposition adaptée aux situations récurrentes ainsi qu’une méthode efficace de mise au point.
De l’exposition correcte.
La règle «Sunny – F:16», que l’on pourrait traduire par «Grand Soleil => f/16», était une règle appliquée par les anciens photographes. Le triangle d’exposition n’est pas une invention d’aujourd’hui : les paramètres de réglage pour une exposition correcte préexistaient avant même l’invention du procédé photographique. Pour rappel, ces paramètres sont : la sensibilité du support photographique (émulsion du film ou capteur), l’ouverture du diaphragme et la durée d’exposition (ou temps de pose)… ce dernier paramètre que les mauvaises habitudes totalement infondées dénomment malheureusement et de manière hétérodoxe «vitesse d’obturation».
Cette règle F:16 spécifiait que, par grand soleil dans un environnement bien lumineux (plage ou champ de neige, à midi), pour un temps de pose (exprimé en fraction de seconde) de l’ordre de l’inverse de la sensibilité ISO, il faut régler l’ouverture de diaphragme sur f/16. Ainsi, par grand soleil, on ouvrira à f:16 et pour, une sensibilité de ISO 125, le temps de pose sera 1/125 ème de seconde et, par analogie, 1/400 ème de seconde pour ISO 400.
Si le temps est nuageux, toujours pour le même temps de pose (1/ISO), il faut ouvrir d’un «cran» (un «stop» en langage de photographe ou un IL, plus techniquement) soit f/11 ; si le temps est couvert on ouvre d’un IL supplémentaire, soit f/8. Ce sont ces 3 cas décrits dans l’introduction, avec les petites icones.
De nos jours, les appareils sont dotés de dispositifs de mesure de la lumière sophistiqués, avec possibilité d’intégrer toute la scène visée (mesure matricielle), ou une partie plus particulièrement (mesure centrale pondérée), voire même une toute petite partie quasiment ponctuelle (mesure spot). Si les deux derniers modes permettent de traiter des cas très particuliers d’éclairement du sujet et sont, à ce titre très pratiques, mais délicats à interpréter, le mode matriciel cadre tout à fait avec règle «Sunny – F:16».
En situation de photo de rue ou de reportage, il est recommandé de régler son APN en mode semi-automatique avec priorité à la sensibilité (ISO auto, avec indication d’une borne supérieure) : cela permettra d’afficher un temps de pose suffisamment court pour figer les mouvements du sujet (disons entre 1/250 ème de seconde et 1/500) et de choisir une ouverture dans la bonne zone de l’objectif utilisé (en général 1 ou 2 crans au-dessus de l’ouverture maximale, par exemple f/5,6 pour un objectif ouvrant à f/2,8). Tout ceci, bien entendu, est à moduler en fonction de son expérience et/ou de la connaissance que l’on a de l’ensemble appareil et objectif.
Personnellement, avec mon boitier Canon Powershot G5X2, je me règle souvent sur f/11 et 1/400 s en ISO auto. En argentique, – Minolta SRT101 et 50mm f/1.7 –, travaillant soit en ISO125 soit en ISO400, mes réglages sont respectivement 1/125 s ou 1/500 s avec la règle «Sunny – F:16» sans déboires majeurs, malgré souvent l’absence de pile pour faire fonctionner la cellule photoélectrique !
Il faut bien sûr moduler ces réglages en fonction de la situation et savoir jouer des sur- ou sous-expositions que les situations pourraient exiger.
Dans un prochain article, je traiterai de la mise au point, autre point délicat à contrôler pour photographier dans la rue « sans souci ».